jeudi 20 juillet 2017

Une bibliothèque d'université aux XVIe-XVIIIe siècles (2)

Les membres des «nations germaniques» des différentes universités du Centre de la France (Orléans, Bourges et Poitiers) ont bénéficié de privilèges qui peuvent surprendre. En 1555, Conrad Marius, qui vient de Mayence, est étudiant à Poitiers quand il est  arrêté pour «avoir vescu selon la forme et religion qu’il dict estre gardée en son pays d’Allemaigne». Mais, à la requête qui lui est présentée lors de son séjour à Saint-Germain-en-Laye, le roi Henri II ordonne que Marius soit libéré, et cela pour des raisons éminemment politiques: il faut en effet préserver les «alliances, confédéracions et amytiez d’entre nous et les princes et estats dudict païs d’Allemagne et Saint Empire duquel ledict Marius est natif».
Bien plus tard, sous Louis XIV, la Nation Germanique d’Orléans publie chez Antoine Rousselet le catalogue des livres de sa bibliothèque (1664).
La page de titre en est ornée d’un petit bois représentant un aigle bicéphale. On sait par ailleurs que les exemplaires de la bibliothèque elle-mêmes ont souvent été reliés (avec estampage à chaud et marque d'appartenance sur les plats: Liber inclitae Nationis Germanicae in Academia Aurelianensi). Certains portent des ex dono manuscrits (Inclytae nationi germ. dono dedit Joannes De Cordes, Tornacensis pro tempore Procurator an. 1599, prim. decemb., par ex.). Pour un exemplaire en ligne, cliquer ici.
La bibliothèque possède quelques instruments scientifiques (des globes et une sphère armillaire) et, surtout, sa vocation s’est considérablement élargie depuis les origines. Alors qu'il s’agissait avant tout d’une collection juridique, nous sommes désormais devant un ensemble de 2626 titres, pratiquement tous des imprimés, répartis par grandes classes systématiques, puis par formats, avec un numéro d’ordre. La référence liminaire à Juste Lipse, plus encore la précision du sous-tri selon quatre formats (in folio, in quarto, in octavo, in duodecimo et decimo-sexto) laissent à penser que le rédacteur avait de bonnes connaissances de la science bibliographique dans son ensemble.
La tradition orléanaise s’impose toujours, et le droit représente, en 1664, la première série systématique, avec 780 titres (juridici). Parmi les classiques, on remarque les Expositiones de Sébastien Brant, données à Lyon par R. Odet en 1622, et achetées en quatre exemplaires par la bibliothèque (p. 24, n° 62).
Cependant, le droit est désormais suivi par les deux grandes sections de ce que nous pourrions appeler les sciences humaines :
- 569 titres relèvent en effet du domaine «géographie et histoire», qui constitue la série moderne par excellence. Cette section (où l’on trouve aussi un certain nombre d’historiens anciens, à commencer par César, Tacite, etc.) semble être la plus ouverte sur le plan de la géographie typographique et des langues d’impression.
- Les humanités s’inscrivent à un niveau de 504 titres (humaniores): il s’agit d’éditions des classiques de l’Antiquité (parfois acquis en plusieurs exemplaires), mais aussi de titres plus récents, comme les Essais de Montaigne dans la très belle édition d’Abel l’Angelier de 1595 (p. 35, n° 38. Deux exemplaires probablement d’une autre édition, p. 37, n° 44, et sept d’une troisième édition, p. 43, n° 217. Montaigne est déjà un classique).
Les trois sous-séries suivantes atteignent des niveaux plus faibles :
- 264 titres de théologie, dont un certain nombre d’exemplaires de la Bible, et surtout du Nouveau Testament en latin, en flamand, en italien et en français (par moins de quatorze exemplaires pour cette dernière édition: cf p. 7, n° 5). Les Loci communes de Mélanchthon, Bâle, 1561 (VD16, M 3664) sont classés dans la théologie.
- 184 titres de sciences politiques (politici). Cette section, dont le propos s’articule bien évidemment avec le domaine juridique mais qui intègre aussi la science militaire, est tout particulièrement signifiante pour l'historien, en ce qu’elle rend compte d'une théorie politique alors en pleine phase de modernisation. Parmi les points significatifs, le fait que la Nation Germanique ait acquis le texte de la République de Jean Bodin, en deux exemplaires, non pas dans l’original français, mais dans l’édition latine de 1586 (p. 47, n° 2).
Le catalogue se referme sur deux sections très intéressantes, qui relèvent du domaine littéraire au sens large. Les «romans» constituent un ensemble autonome, et ils sont dans leur grande majorité en français, mais aussi en italien. Il s’agit de titres bien connus (L’Astrée…), parfois aussi de titres plus négligés (comme Le Gascon extravagant, publié, de manière emblématique, l’année même de la sortie du Discours de la méthode). Nous serions volontiers disposés à voir dans cet ensemble de textes les prodromes d’un service de la «récréation» organisé en parallèle à la «bibliothèque d’études». La dernière section est ce que nous pourrions désigner comme celle des usuels: dictionnaires de la langue (dont un certain nombre de dictionnaires de l’allemand), puis dictionnaires juridiques et autres, et grammaires (des langues hébraïque, grecque, latine, française, italienne et flamande, cette dernière apparemment dans une édition de Londres, 1652).
Les deux domaines scientifiques des mathématiques (65 titres) et de la médecine (50 titres) s’inscrivent à des niveaux bien moindres.
Il serait très intéressant de rentrer dans le détail du catalogue, pour envisager, notamment, d'où les exemplaires peuvent venir, et pour essayer de retracer une conjoncture d’ensemble de la collection. Nous ne le ferons pas ici, mais ne pouvons que souligner le fait: il n’y a que peu de titres antérieurs à 1550. Dans la mesure où la bibliothèque en tant qu’institution n’a été mise en place que dans la seconde moitié du XVIe siècle, les ouvrages qui ont très certainement circulé à Orléans antérieurement appartenaient à titre privé à l’un ou à l’autre des membres de la Nation Germanique. En revanche, le catalogue de 1664 présente un certain nombre de titres a priori condamnés, et dont la publicité ne peut qu’étonner dans la France louis-quatorzienne. Citons un exemplaire de la Bible donnée par Froschauer à Zurich en 1543 (VD16, B 2619) à partir de la version d’Érasme et avec la collaboration de Bullinger; la concordance évangélique de Calvin, Genève, Conrad Badius, 1555, édition dédiée au Magistrat de Francfort; ou encore plusieurs Bibles allemandes de Luther, et la Hauspostilla du même auteur, Wittenberg, 1578 (VD16, ZV 10135).
Les lieux d’édition ne sont pas toujours indiqués mais, derrière Lyon et Paris figure en retrait un certain nombre de villes de province (Rouen, etc., voire Saumur) et de l’étranger (Anvers et Leyde, Francfort, Strasbourg, Helmstedt, Bâle, Genève, etc.). En définitive, il s'agit d'un ensemble remarquable, conçu et rassemblé dans le souci de remplir les services d'une véritable bibliothèque universitaire, dans laquelle les volumes les plus demandés seront acquis en plusieurs exemplaires. Un certain nombre de ces exemplaires est aujourd'hui conservé à la Bibliothèque d'Orléans: on ne peut que regretter d'autant plus que le catalogue en ligne de celle-ci ne permette pas de les identifier, que le site Internet de l'établissement ne propose pas de commentaires sur les pièces les plus importantes qui y sont conservées, et que l'onglet renvoyant à l'histoire de la Bibliothèque ne fonctionne pas...

mercredi 12 juillet 2017

Une bibliothèque d'université aux XVIe-XVIIIe siècles

L’exposition qui se déroule actuellement à Orléans (Archives départementales du Loiret) sur les débuts du protestantisme dans la région met fort justement l’accent sur le rôle de la Nation Germanique de l’Université dans le processus de transfert.
Rappelons que les écoles de droit existent à Orléans au moins depuis 1235 (la bulle Semper specula avait interdit, en 1219, l’enseignement du droit civil à Paris), et qu’elles sont élevées au rang d’université par la bulle Inter cetera de 1306. Elles jouent dès lors le rôle de double faculté de droit pour les Parisiens, le droit canon (on est doctor decretorum) et le droit civil (avec le titre de doctor legum, ou, le cas échéant, de doctor utriusque, alias docteur dans les deux droits).
Reliure aux armes de la Nation Germanique (Bibliothèque d'Orléans)
Dans les universités médiévales, les étudiants sont répartis en «Nations», dont le nombre est d’ailleurs variable: la Nation Germanique d’Orléans regroupe ceux qui viennent de la géographie du Saint-Empire, peu à peu élargie aux «anciens Pays-Bas» (jusqu’en Artois) et aux régions germanophones hors l’Empire (notamment les cantons suisses). Elle constitue longtemps la «nation» la plus nombreuse à Orléans, avant d’entrer peu à peu en décadence, surtout à la suite de l’édit de Fontainebleau. Le dernier étudiant «germanique» quitte Orléans en 1734. Quant à l’Université elle-même, elle est dissoute en 1793…
La Nation Germanique possède peut-être une dizaine de livres au début du XVIe siècle, et l’institutionnalisation de sa bibliothèque se fait à partir de la décennie 1560. Le projet prend corps lorsque le procurateur Obertus Giphanius et son confrère Hugo Blotius s'en chargent. Mais la décision est difficile, comme le souligne Giphanius: «Tantae molis erat Germanos condere libros» (Deuxième Livre, p. XLV). L'argument qui l'emporte intervient lorsque les tout-puissants docteurs-régents de l’Université déclarent mettre à la disposition de la Nation, pour sa bibliothèque, une «pièce située au-dessus de la chambre de la librairie» , rue de l’Escripvainerie, juste sous l’horloge de l’Université.
Pourtant, une visite sur les lieux convainc la Nation de ce que le local est inapproprié. En novembre 1566, les livres sont donc d’abord rangés dans la maison du pharmacien Charles d’Aise, bedeau (pedellus) de la Nation. Puis ils seront transférés un temps dans la maison du nouveau procurateur, Georgius Korman ab Menneburg (1567). Par la suite, les livres reviendront  dans la maison du bedeau, où l’on estime qu’ils seront plus en sécurité (2 oct. 1567: à la suite de la prise de la ville par les Protestants).
En 1571, le bedeau se plaint de ne plus pouvoir conserver la bibliothèque chez lui, et les livres sont transportés chez le procurateur Christophorus Schell, avant que la Nation ne décide de louer une pièce (cubiculum) dans la maison de son messager, le tailleur Martinus Antonius, de Nimègue. L’assemblée du 7 juin 1572 met en place les premiers statuts de la bibliothèque. En 1580, celle-ci est déménagée dans la maison que le tailleur Blanchet occupe dans l’enceinte de l’église Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, rue de l’Université. Elle est alors confiée à un assesseur-bibliothécaire, Maximilianus Martinus Stella, tandis qu’un règlement est promulgué (1582). Dans le même temps, le fonds s’élargit progressivement au-delà du seul domaine des sciences juridiques.
En 1585, la bibliothèque déménage à nouveau, pour s’installer chez Vrain-Moireau, cordonnier, au coin des rues de Bourgogne et des Gobelets, au premier étage. La pièce sert aussi aux réunions de travail pour l’administration et pour l’enregistrement des nouveaux membres inscrits à la Nation.
Il est fascinant de voir la Nation Germanique publier, en 1664, un premier catalogue de sa bibliothèque – jusque là, les catalogues étaient restés manuscrits:
Catalogus librorum qui Aureliae in Bibliotheca Germanicae Nationis extant, éd. Emmichius Nedergordius, Orléans, Antoine Rousselet, 1664.
Il s’agit d’une plaquette de quelque 80 pages, dans laquelle les livres sont présentés systématiquement, et sous-classés par formats – ce qui correspond bien évidemment au classement topographique dans la salle. Le catalogue est introduit par une citation de Juste Lipse (Syntagma de bibliothecis), puis par la préface du Sénat de la Nation Germanique, et par une dédicace au bibliothécaire, Emmerich Neelergord. La présentation du catalogue montre que les volumes étaient très certainement rangés sur des rayonnages, sauf quelques-uns de format trop grand, disposés sur des tables et des pupitres, à côté de deux globes (céleste et terrestre) et d'une sphère armillaire.
Le contenu de la bibliothèque, soit quelque 2100 titres, se signale désormais par sa diversité: la section la plus riche est certes toujours celle du droit (780 titres), mais elle est désormais suivie par la littérature (plus de 500 titres), et par la théologie Nous reviendrons, dans notre prochain billet, sur la présence d’un certain nombre de titres remarquables dans les collections de la Nation Germanique...

Rappelons que es registres conservés ont fait l'objet d'une édition scientifique particulièrement précieuse:
Les Livres des procurateurs de la nation germanique de l’ancienne université d’Orléans, 1444-1602.
Tome I. Premier livre des procurateurs, Leiden, Brill.
Première partie, Texte des rapports des procurateurs [AD Loiret, D 213], éd. Cornelia M. Ridderikhoff, Hilde De Ridder-Symoens, 1971.
Seconde partie, Biographies des étudiants, éd. Detlef Illmer, Hilde De Ridder-Symoens, Cornelia M. Ridderikhoff,
Vol. I, 1444-1515, 1978.
Vol. II, 1516-1546, 1980.
Vol. III. Tables, additions et corrections, illustrations, 1985.
Deuxième livre des procurateurs de la nation germanique de l’ancienne université d’Orléans, 1546-1567. Première partie, vol. I [II], éd. Cornelia M. Ridderikhoff, Leiden, Brill, 1988 [la deuxième partie n'a pas été publiée].
Troisième livre des procurateurs de la nation germanique de l’ancienne université d’Orléans, 1567-1587. Texte des rapports des procurateurs, éd. Hilde De Ridder-Symoens, Cornelia M. Ridderikhoff, Leiden, Boston, Brill, 2013.
Quatrième livre des procurateurs de la nation germanique de l’ancienne université d’Orléans, 1587-1602. Texte des rapports des procurateurs, éd. Hilde De Ridder-Symoens, Cornelia M. Ridderikhoff, Leiden, Boston, Brill, 2015.

mercredi 5 juillet 2017

Une exposition à Orléans

Exposition
«Les débuts du protestantisme dans le Loiret»,
du 19 juin au 28 juillet 2017

Dans le cadre du 500e anniversaire de l'affichage des 95 thèses de Martin Luther en 1517, les Archives départementales du Loiret présentent du 19 juin au 28 juillet 2017, du lundi au vendredi, de 9 heures à 17 heures, l'exposition:
«Les débuts du protestantisme dans le Loiret».
À cette occasion, de nombreux documents, provenant des Archives départementales, de la Médiathèque d'Orléans et de l'association «Mémoire protestante en Orléanais», sont présentés:
-des plans anciens d'Orléans, des gravures anciennes, des portraits, la maquette du temple de Bionne, des livres rares, des documents administratifs du XVIe siècle et des manuscrits, dont les magnifiques enluminures des registres des procurateurs de la Nation germanique qui accueillit, au sein de l'Université d'Orléans au XVIe siècle, de nombreux étudiants luthériens.
Ces documents portent un éclairage original sur l'accueil des idées nouvelles dans l'Orléanais, favorisé notamment par le creuset d'humanisme qu'était alors l'Université, par le développement de la chose écrite, ainsi que par l'entrée de grandes familles nobles dans l’Église réformée.
L'exposition est présentée à l’occasion du 500e anniversaire de l’affichage des 95 Thèses de Martin Luther, le 31 octobre 1517 à Wittenberg. En quelques années cette volonté de réforme de la vie spirituelle et ecclésiastique, devenue la Réforme, parcourut toute l’Europe et eut des répercussions profondes sur la politique, la société et la culture, jusqu’à provoquer déchirements et guerres.
Plan d'Orléans, vers 1575
Dans le cadre de cette commémoration, le Département a souhaité jeter un éclairage particulier sur l’accueil des idées nouvelles dans l’Orléanais. On n'a pas cherché à évoquer la forme des nouvelles croyances, leur contenu et leur évolution, mais plutôt leur diffusion. Le propos de l’exposition vise précisément à s’interroger sur les facteurs qui ont favorisé un développement rapide et exceptionnel de la Réforme dans cette terre chérie par les «rois très chrétiens». Au travers de documents parfois prestigieux, parfois issus de la pratique administrative, l’exposition s’attache à mettre en valeur le rôle de l’Université et des étudiants germaniques qui la fréquentent, de l’élite cultivée et des grandes familles nobles, mais aussi des prédicateurs et des professionnels du livre.
Le propos s’arrête aux années 1560-1562, lorsque les tensions larvées entre catholiques et protestants se transforment brutalement en guerres civiles ouvertes: s’ouvre alors en effet une série de huit conflits qui ravagèrent le royaume jusqu’à la fin du XVIe siècle. Et encore, la paix chèrement gagnée en 1598 par la promulgation de l’Édit de Nantes n’apaisa-t-elle que peu les esprits, avant d’être balayée par la révocation de 1685.
Vous pouvez consulter le livret accompagnant l'exposition en cliquant ici [PDF - 2 Mo]
Retrouvez les magnifiques enluminures des registres des Procurateurs de la Nation germanique sur place et sur notre tableau Pinterest.
Communiqué par les Archives départementales du Loiret. 

dimanche 2 juillet 2017

Nouvelle publication


Nous sommes tout particulièrement heureux de pouvoir ici annoncer la parution de la sixième livraison (2017) de la revue brésilienne d’histoire du livre, Livro. Revista do núcleo de estudos do livro e da edição. Il s’agit d’un imposant volume de quelque 460 pages, présenté sous une très élégante couverture illustrée.
Le volume se signale d’abord, bien sûr, par la qualité scientifique du contenu. Nous trouvons en effet, en tête, des articles de Donaldo Schüler, puis de Yann Sordet, Jacques Hellemans (il s’agit de l’imprimerie aux Pays-Bas espagnols), Jean-Pierre Chauvin, José de Paula Ramos Jr et Maria Viana.
Le dossier de ce numéro, alias la partie systématique, traite d’un sujet très vaste, «Édition et politique», mais toujours en partie à l’aune de la problématique sud-américaine ou portugaise, et en privilégiant la période contemporaine. Nous y découvrons les articles suivants:
Alexandre Cleaver («O Ferderalista. Algumas interpretações»),
José Augusto dos Santos Alves («Política e ideologia na imprensa madeirense »),
Laura Fernández Cordero («Sobre o concerto da imprensa anarquista a partir de Mikhail Bakhtin»),
Danilo A. Q. Morales («Benedetto Corce e as afinidaes nos Brasil»),
Lincoln Secco («Biblioteca Gramsciana»),
Flamarion Maués («Dom Quinxote. Uma editoria política sob o Salazarismo»),
Nuno Medeiros («Ação editorial da oposição católica no Portugal dos anos 1960»), et
Fabiano Cataldo de Azevedo («A Zahar editores e seu projeto editorial (1957-1970)»).
La section «Arquivo» présente des notes plus brèves relatives à l’histoire du livre (par Kenneth David Jackson, et al.).
Suit une section Acervo (= Collection), avec un article de Pablo Antonio Iglesias Magalhães consacré à la première imprimerie de Bahia au début du XIXe siècle, et un article de Rizio Bruno Sant’Ana sur la Collection Félix Pacheco à la Bibliothèque de Sao Paulo. La courte section «Almanach» (Almanaque) est suivie de la section Memória et de la section Bibliomania, où l’on trouvera plusieurs comptes rendus de Jean-Pierre Chauvin, Marcello Rollemberg, Eduardo de Souza Cunha, Vinicius Juberte et Márcia Lígia Guidin sur des ouvrages récents.
L’ouvrage se referme avec les sections Estante editorial (une suite de brefs comptes rendus), puis Debate et, enfin, Letra e arte.
Nous aurions grand tort de nous borner à souligner l’intérêt scientifique très réel qui est celui de l’ouvrage. La revue se signale aussi par sa «mise en livre» réellement exceptionnelle, avec de nombreuses illustrations en noir et blanc et en couleurs, avec surtout une série de reproductions des superbes gravures consacrées par Maria Bonomini à la série des «bibliothèques», de Rio de Janeiro et de Coimbra à Melk et à Baltimore. Nous sommes, avec cette livraison, devant un véritable objet de bibliophilie. Nous ne connaissons pas d’exemple d’une autre revue d’histoire du livre où le souci soit aussi manifeste, de proposer des textes de grande qualité dans une forme aussi respectueuse de ce que devrait être la mise en forme –des livres.
ISSN 2179 801X

dimanche 25 juin 2017

Un libraire érudit

Voici un petit ouvrage susceptible d’intéresser l’historien du livre:
Crapelet, Georges Adrien,
Études pratiques et littéraires sur la typographie, par G.-A. Crapelet, imprimeur. Tome premier,
À Paris, de l’imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard n° 9, MDCCCXXXVII (À Paris, à la librairie de P. Dufart, quai Malaquais n° 7, 1837),
[4-]VIII-407-[1] p., 8°.

Les Crapelet sont une famille originaire du village de Levécourt, situé entre Neuchâteau et Langres, où Antoine Crapelet est aubergiste. Son fils, Charles Crapelet, naît en 1762, et est envoyé par lui à 12 ans pour faire son apprentissage d’imprimeur à Paris: il entre d’abord chez Ballard, alors établi rue des Noyers, avant d’exercer à compter de 1780 comme «prote et correcteur» chez Jean Georges Antoine Stoupe, successeur de Le Breton, rue de la Harpe.
Il s’établit enfin à son compte en 1793, rue Saint-Jean de Beauvais, puis rue de la Harpe (1795). G.-A. Crapelet expliquera:
Lorsque mon père eut transporté son établissement dans le local occupé par Chardon, il lui fallut acheter en même tems les restes séculaires de son mobilier typographique, qui n’auroit pu être déplacé sans tomber en poussière. Il ne conserva que quelques corps de casseaux, avec marbres, et deux presses à boîte et à nerfs, premier modèle des presses, qui remontoit à l’invention de l’imprimerie : elles avoient bien cent cinquante ans d’existence, et firent encore pendant plus de quinze ans un bon service pour les épreuves, qu’un nouveau déménagement seul fit cesser (p. 179).
Charles Crapelet décède en 1809, et son fils, Georges-Adrien, né à Paris en 1789, lui succède. Il s’installera rue de Vaugirard à partir de 1811. Outre la conduite des affaires de l’imprimerie, Georges-Adrien Crapelet se consacre à l’écriture et à l’histoire littéraire, selon le modèle du libraire érudit. Initiateur de la «Collection des anciens monumens de l’histoire et de la langue françoise» en 1826, il est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1828. Élu membre résident de la Société des Antiquaires de France en 1829 (il est présenté par Gabriel Peignot), il présidera cette société en 1834. Également l’un des fondateurs de la Société de l’histoire de France (1833), il en devient l’imprimeur attitré. Il donne ces Études pratiques et littéraires en 1837, mais ne pourra pas conduire son projet à son terme (seul le premier volume est paru).
Crapelet, dont la réussite s’était faite d’abord en tant que prote, revient longuement sur cette fonction au fil de ses pages, avec des chapitres comme «Des correcteurs»; «De la correction»; «De la correction des livres imprimés sur manuscrit ou sur copie imprimée d’auteurs vivans»; «De la correction des livres imprimés sur copie imprimée d’auteurs morts». Il revient aussi, p. 31 et suiv., sur les conditions dans lesquelles la Réforme a d’abord été diffusée en France:
Le bûcher fut toujours la dernière raison de la Sorbonne. Cela n’empécha pas les écrits du luthéranisme de se répandre par tout le royaume, et l’esprit de la réforme de s’intoduire même dans les écoles. La Sorbonne ne se lassoit pas de censurer, ni les luthériens d’écrire, ni le parlement de poursuivre les auteurs et distributeurs d’une multitude de mauvais livres…
Au fil du texte, parti à la recherche de toutes les curiosités relevant de l’histoire bibliographique et littéraire, Crapelet indique qu’il a visité Mayence au cours de l’été 1836 (p. II, note). Quelque années plus tard (1841), il cèdera son entreprise à son fils et à son gendre, Charles Auguste Lahure. Chargé par Villemain d’une mission en Italie, il meurt à Nice en 1842.
La page de titre de notre édition porte la charmante marque typographique « aux pensées », avec le phylactère portant la devise: «Elles ne peuvent plus mourir». 

Nathalie Clot, «Georges-Adrien Crapelet et la Collection des anciens monumens de l’histoire et de la langue françoise (1826-1835)», dans Mémoire des chevaliers. Édition, diffusion et réception des romans de chevalerie du XVIIe au XXe siècle, dir. Isabelle Diu, Élisabeth Parinet, Françoise Vieillard, Paris, École nationale des chartes, 2007, p. 105-118. L’auteur signale que la correspondance entre Crapelet et Gabriel Peignot à partir de 1821 est conservée à la BnF, ms. n. a. f. 11197.

mardi 20 juin 2017

Bibliothèques et climat

Tous les spécialistes connaissent la théorie des climats, élaborée notamment par Montesquieu, mais moins nombreux sont ceux qui connaissent les développements qui lui ont été apportés dans le domaine des bibliothèques.
Et pourtant, les historiens de la lecture n’ont pas été sans souligner le fait: en Occident, l’alphabétisation serait plus développée dans les pays du nord. Pour des raisons qui leur appartiennent, ils ont voulu corréler cette caractéristique avec d’autres données: nous serions dans des environnements plus densément peuplés, où la civilisation urbaine est plus développée, où parfois même le choix a été fait, de passer à la Réforme protestante –laquelle, chacun le sait, favoriserait la lecture.
Mais trêve de divagations! Un élément, central, manque à l’équation: le climat.
Nous nous rappelons d’un séjour de recherche effectué, voici quelques années, à la bibliothèque de Wolfenbüttel, au cours de l’automne. De temps en temps, la ville se trouvait, au petit matin, couverte d’une fine couche de neige: la vue par la fenêtre de la maison de Leibniz, n’était pas sans présenter une certaine dimension «pittoresque» (on imagine le tableau accroché dans un musée: «Rue de Wolfenbüttel au petit matin à la mi- novembre, fin du XXe siècle». Au loin, à moitié effacée par la grisaille blanchâtre, une silhouette penchée se hâte dans la bourrasque, avec son filet de pommes de terre).
D’autres fois, plus nombreuses, le vent se levait, parfois aussi la pluie, et il fallait alors gagner la bibliothèque, par des rues à peu près vides, en luttant contre les intempéries. La pénombre régnait encore. Un certain jour, arrivant peu avant 9 heures, trempé, je me présentais devant les deux collègues de service à la porte. En guise de salutations, je m’inspirais d’une phrase du Freischütz de Karl Maria v. Weber: «Ehrliches Bibliothekswetter», m’écriai-je en me mettant à l’abri dans le bâtiment («Magnifique temps pour [aller à] la bibliothèque»). Je me rappelle encore de l’éclat de rire qui accueillit ma proclamation.
Car le point est bien là: dans les pays du nord, où la pénombre règne plus longtemps et où les conditions climatiques sont parfois moins bonnes, la lecture est plus répandue, et la fréquentation des bibliothèques plus forte. Qu’on y pense: la pluie tombe à verse, le ciel est uniformément gris, le vent tourbillonne autour des vieux bâtiments soigneusement calfeutrés. Pourquoi tant d'intellectuels et de lecteurs en Écosse? Et encore, nous ne disons rien de telle ou telle ville d’Europe orientale, et de ses trottoirs couverts de neige plus ou moins fondue et plus ou moins gelée. Si nous sommes en bord de mer, le paysage est tout autant mélancolique, qui évoque les premières scènes de Tristan, sinon celles du Vaisseau fantôme… Quel agrément, quel confort, même, que de se trouver à l’abri, enveloppé dans une douce chaleur tempérée, à lire et à travailler, à l’abri du déchaînement des éléments.
La théorie des climats se borne à constater le fait: on lira plus volontiers à Stockholm qu’à Palerme, on fréquentera plus volontiers les bibliothèques à Bergen qu’à Parme ou à Ancône. Quel agrément, encore une fois, que de passer l’après-midi à la bibliothèque, comme à un club, dans l’une de ces villes parfois peut-être d’apparence un petit peu «froides», et qui appartiennent à la géographie réformée. A contrario, pourquoi aller quotidiennement à la bibliothèque, quand on est dans une ville comme Venise, même en dehors du carnaval (nous excluons de l’analyse les historiens du livre et autres maniaques ou psychopathes)? 
Crédit photographique : © Adam Rzepka - Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP
© Estate Gisèle Freund/IMEC Images
L’articulation n’est d’ailleurs pas propre à la seule lecture ni aux seules bibliothèques. Certes, au XIXe siècle, l’ouverture de séances publiques, le soir, à la Bibliothèque Sainte-Geneviève  de Paris, avait aussi eu pour effet d’attirer des visiteurs venus se mettre à l’abri, et au chaud, et non pas lire (détail amusant: ces «séances du soir» n’ont été ouvertes aux femmes qu’avec un certain retard). Mais, dans un de ses romans, Robert Escarpit nous présente un séminaire hautement spécialisé, et ouvert à tous, qui se tient au Collège de France, devant quatre ou cinq auditeurs, et encore, précise l'enseignant, les jours de pluie seulement. Et Emmanuel Le Roy Ladurie nous rappelle, dans son Paris-Montpellier, que le jeune maître de conférences qu’il était s’étonnait de voir, à partir du printemps, de plus en plus de charmantes étudiantes sur les plages de Palavas-les-Flots et de moins en moins dans les salles de cours. Que l’on ne cherche pas là une lecture a posteriori sexiste: il est très probable que les étudiants étaient aussi nombreux que leurs camarades du sexe féminin à préférer la plage aux salles de cours, mais il est possible que l’observateur ait été moins sensible à leur présence. On le sait, les conditions mêmes de l'observation modifient les résultats de l'expérience...
Oui, pensions-nous, l’articulation est évidente, entre le climat et la fréquentation des bibliothèques, selon une équation trop simple: dehors, moins de chaleur et moins de clarté; dedans, plus de livres et plus de lecteurs.
Pourtant, les événements de ces derniers jours nous incitent à enrichir la théorie générale: notre pays ne subit-il pas une vague de chaleur pénible, surtout dans les villes? Il semblerait bien sûr inutile d’en profiter pour aller s’entasser dans l’espace confiné du métro, mais d’autant plus agréable de jouir de la douce fraîcheur qui règne dans telle ou telle bibliothèque, surtout si elle est ancienne (donc, avec des murs épais, qui gardent la fraîcheur).
Voici un beau sujet d’enquête, que nous proposons à la curiosité sans bornes et à la sagacité infinie de nos administrations. Avec un codicille à plus long terme: dans quelle mesure le changement climatique devrait-il ou non influer sur les pratiques de lecture et sur la fréquentation des bibliothèques? Nous tenons bien volontiers ce blog à disposition pour publier les résultats de l'enquête.

mercredi 14 juin 2017

Journée d'études sur l'histoire de la Réforme

Aspekte der Reformationsforschung
Zur Wirkung der Reformation im deutsch-französischen Grenzgebiet 

Öffentliche Tagung in der
Stadtbibliothek Trier
Freitag, 23. Juni 2017

 
Vorträge:
10:00 Uhr
Prof. Dr. Claudine Moulin (Trier):
„Martinus Luther D – Zur Sprach- und Kulturgeschichte einer Unterschrift“

11:00 Uhr
Prof. Dr. Wolfgang Schmid:
„Katholiken und Protestanten in Trier: Alltag und Fest im Kulturkampf“

Mittagspause

14:30 Uhr
Prof. Fréderic Barbier (Paris):
„Die Anfänge der Reformation in Frankreich: kulturelle Transfers und Buchgeschichte, 1517 – 1523“

Führung
15:30 Uhr
Führung durch die Ausstellung „Caspar Olevian, die Reformation und Trier“
mit Prof. Dr. Gunther Franz

Ausstellung
Das Jahr 2017 steht im besonderen Fokus des 500-jährigen Reformations- festes. Dabei soll auch an das Wirken des aus Trier stammenden Reformators Caspar Olevian und an die Spuren der Reformation in Trier erinnert werden.
Die Ausstellung „Caspar Olevian, die Reformation und Trier“ ist eine Kooperation von Stadtbibliothek Trier, Universität Trier, Trier Center for Digital Humanities (TCDH) an der Universität Trier, Wissenschaftsallianz Trier e.V., Caspar-Olevian-Gesellschaft e.V. sowie Evangelischem Kirchenkreis Trier.
Begleitet und erweitert wird die analoge Ausstellung durch das virtuelle Caspar Olevian Portal (www.caspar-olevian-portal.de), auf dem sich neben den Exponaten umfangreiche weitere Informationen zum Leben und Wirken des Trierer Reformators finden.
Die Ausstellung im Foyer der Stadtbibliothek ist Montag bis Freitag von 9 bis 17 Uhr und Samstag bis Sonntag von 10 bis 17 Uhr geöffnet (Freitag, 7. April 2017, bis Dienstag, 4. Juli 2017). Der Eintritt ist frei. Der aufwendig gestaltete Begleitband zur Ausstellung Caspar Olevian, die Reformation und Trier – Katalog zur Ausstellung in der Stadtbibliothek Trier zum 500. Reformationsjubiläum 2017 und zur virtuellen Ausstellung im Rahmen des Caspar-Olevian-Portals, herausgegeben vom Evangelischen Kirchenkreis Trier, mit Beiträgen von Gunther Franz, Vera Hildenbrandt und Andreas Mühling, ist ab sofort über den Buch- handel zu beziehen und kostet 19,90 Euro. 

Performance
18:00 Uhr Liquid Penguin Ensemble:
DER FALL SOLA
Neueste Sendbriefe vom Dolmetschen
Martin Luther hat vor 500 Jahren die Bibel in verständliche deutsche Sprache übersetzt. Interpretation war dazu notwendig – die immer auch falsch liegen kann – und ein großer Vorrat an neuen Wörtern für Dinge und Zusammenhänge, die das Deutsche zuvor noch nicht hat ausdrücken können. Inspiriert von Luthers Sendbrief vom Dolmetschen hat das Liquid Penguin Ensemble eine Performance zum Reformationsjubiläum 2017 entwickelt und schlägt darin den Bogen bis in unsere vielsprachige europäische Gegenwart: vier Musikerinnen und Musiker, eine Sprecherin und n live-Zeichner erschaffen – unterstützt von einem Chor – ein vergnügliches sprachlich-musikalisch- bildliches Übersetzungsspiel, das viele der in Europa erklingenden Sprachen einbezieht.
mit Monika Bagdonaite (Viola), Julien Blondel (Violoncello), Stefan Scheib (Komposition, Kontrabass, Zuspiel), Kaori Nomura (Piano/Flügel), Katharina Bihler (Text, Stimme), Klaus Harth (live- Zeichnung) und Chorsängerinnen und -Sänger aus Trier; Holger Stedem (Sounddesign), Ulrich Schneider (Licht/Raum), Marcus Droß (dramaturgische Beratung)

Stadtbibliothek und Stadtarchiv Trier Weberbach 25
54290 Trier
Tel: 0651 718 1429
Fax:0651 718 1428
E-Mail: stadtbibliothek@trier.de  
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